Impromptus légers

Pensées imagées et sans conséquence...

03 mars 2007

Urbi et orbi

Brume_d_hiver

("Brume d'hiver", peinture à l'huile, 93X72, mars 07)

Avant que ma satisfaction ne passe, voici ma dernière peinture.
Trop vide, trop grand, trop de rien diront certains. Devant ce genre de représentation, il y a ceux que l'absence de personnage inquiète, il y a ceux que l'espace, trop présent, angoisse, et il y a ceux qui éprouvent une fascination, comme une envie de se projeter dedans.
En peinture comme en photo, pour cadrer un paysage se concentrer sur un détail, un premier plan, un élément pittoresque rassure (on sait où on est) et facilite la tâche. Ceux qui ont photographié la mer avec une ligne droite comme seul point d'appui savent la subtile difficulté de limiter l'espace tout en gardant la beauté du moment. Alors ça tient à quoi cet interêt pour autant d'air ? A la lumière essentiellement. Du moins dans mes représentations. M'attacher à l'espace me ferait tendre vers l'abstraction mais je n'ai pas un goût trés développé pour la froideur des vues de l'esprit. Se concentrer sur la lumière est un travail sur l'émotion, le ressenti, et indirectement sur le temps qui passe. D'où, peut-être, l'angoisse que cela suscite chez certains.
A en parler, je trouve maintenant que la trace d'humanité est un peu trop envahissante dans cette plaine. Mais on peut la voir comme un guide, un support qui dirige le regard dans le paysage. Et qui peut aider les inquiets à se raccrocher à une réalité plus matérialiste en donnant une échelle à notre petite mesure humaine.
(la photo n'est pas floue, mais la peinture oui).

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19 octobre 2006

Le goût de la nature morte

Chataignes

(recherche pour une peinture de nature morte)

Le thème de la nature morte a attendu longtemps avant d'acquérir, en peinture, ses lettres de noblesse. Et aujourd'hui encore le portrait, le paysage ou les scènes de genre passent bien avant elle. Tout comme le paysage elle est entrée à petits pas dans l'histoire de l'art. Les livres, fleurs, objets usuels avaient valeur de symboles, leurs présences dans l'image devaient être justifiées par le sens qu'ils véhiculaient. C'est lorsque la peinture flamande a mis à l'honneur les composition ordonnées de mets exotiques et de tablées d'argenterie qu'elle est devenue un thème à part entière.
J'ai souvent entendu dire "Mais quel intérêt de peindre des chataîgnes (ou des pommes, une table, un verre, etc...) ?". Ceux qui se posent cette question ont la réponse incluse : parce qu'ils ne regardent pas les chataîgnes habituellement. Le fait de les représenter met en valeur leur texture, leur couleurs, et, lorsque le peintre parvient à dépasser le modèle, comme Manet avec son citron, on découvre alors l'essence même du modèle. Ce n'est plus un objet ou un fruit quelconque, mais son absolu qui prend alors un caractère universel et éternel : il redevient, donc, un symbole à part entière.

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29 septembre 2006

La peinture sans dessous dessus (1)

boucher
("l'odalisque blonde", ou "Portait de Louise 0'Murphy" de Boucher, 1752)

Ce nu rose et potelé fit scandale et sensation en son temps et ne laisse toujours pas de marbre malgré notre habitude d'images plus suggestives et de canons plus éthérés. Alors pourquoi donc ?
Ce tableau attire l'oeil par bien des manières: la cambrure, la jeunesse du sujet, la fraîcheur du traitement, le désordre savamment ordonné du lit qui raconte le hors-champs de l'histoire. Et surtout toute la composition mise en place pour faire converger le regard vers le centre du tableau dont l'objet est... le sexe de la demoiselle. Car le placement des bras, des jambes, en plus d'accentuer cette pose offerte aux regards, dessinent des obliques qui ramènent l'oeil au "coeur" du sujet. Et si l'on remarque que cette jeune fille n'est ni une nymphe, ni une déesse, ni une bacchante, bref qu'il n'y n'a aucune justification culturelle à la montrer si indécemment dévêtue, on comprend mieux la provocation, pour l'époque, de ce tableau.

Posté par lydiel à 12:54 - Que dit la peinture... - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2006

Beau comme Saint-Sébastien

Selon l'histoire, issu de parents chrétiens de la noblesse milanaise, Sébastien se serait engagé dans l'armée de l'empereur Dioclétien pour avoir la possibilité de défendre sa religion. Nommé capitaine de la garde Prétorienne, il est chargé de la répression des chrétiens, mais il s'oppose aux ordres et refuse d'abjurer sa foi. Condamné par l'empereur, les archers auraient, au moment de l'exécution, volontairement épargné les zones vitales. Laissé pour mort, il est sauvé par Irène, veuve du martyr Catule.
Guéri, Sébastien se rend devant l'empereur pour lui reprocher son incroyance. Celui-ci le fait bastonner et ordonne que l'on jette son corps dans les égouts afin que les chrétiens ne puissent le ressusciter. Une chrétienne, Lucine, retrouvera sa dépouille qui sera enterrée dans les catacombes, non loin du tombeau de saint Pierre. Une église sera construite à cet emplacement.

La représentation de ce saint traverse toute l'histoire de l'art. Mais son corps cruellement transpercé a fini par évoquer bien autre chose que le martyr chrétien. De douloureux et allégorique (ex Mantegna) Saint Sébastien est devenu une icône homosexuelle (ex Pierre et Gilles). Alors, qu'est-ce qui a fait glissé cette représentation religieuse vers l'érotisme ?
(peinture de Mantegna) (peinture du Péruguin)
Mantegna Le_Pe_rugin P_G
(photo de Pierre et Gilles)
Les peintres du Moyen-Age aurait cherché leur inspiration, pour la représentation du saint, du côté des canons esthétiques grecs, notamment auprès d'Apollon. Le dieu grec aurait ainsi apporté la jeunesse et la beauté au personnage. Si l'on considère la douleur proche de la volupté et le sacrifice comme don de soi, le glissement progressif vers l'érotisation du sujet se fait peu à peu. En effet, au fil du temps le capitaine, certainement aguerri et en pleine maturité, se transforme en charmant éphèbe, plus voluptueux que viril et pâmé plutôt que torturé. Ses poses deviennent languissantes et les attributs de sa sainteté (auréole, yeux levés au ciel, douleur contenue) sont peu à peu oubliés, ainsi que la nuée de flèches de son supplice transformée en deux traits savamment répartis, évitant ainsi le scandale d'une nudité injustifiée. Car cet élèment reste constant: pour montrer la chair saignante et martyrisée, le saint doit s'offrir aux regards dans sa nudité.

Le corps dominait le thème, la chair l'a donc emporté sur l'esprit, occultant l'aspect religieux. Si l'on ajoute à tout cela que la virtuosité de l'artiste, tendant toujours vers plus de réalisme, perturbe la perception religieuse de l'image, le sujet ne pouvait que devenir prétexte à une représentation sensuelle du nu masculin.
Un détail encore vient érotiser le martyr. Saint-Sébastien aurait été le premier et plus répandu mannequin pour slip. C'est trivial ? Il sufit de regarder l'exemple, entre autre, de Francesca ou de Messina pour constater la modernité d'un vêtement qui n'avait pourtant pas cours à l'époque.
... tout cela pour s'interroger sur les motivations plus ou moins conscientes des artistes qui expriment plus du bout de leurs pinceaux que tout ce qu'on pourrait en dire.
(peinture de Francesca) (peinture de Messina)
XVfrancesca XVmessina


Posté par lydiel à 10:23 - Que dit la peinture... - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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