Impromptus légers

Pensées imagées et sans conséquence...

29 septembre 2006

La peinture sans dessous dessus (1)

boucher
("l'odalisque blonde", ou "Portait de Louise 0'Murphy" de Boucher, 1752)

Ce nu rose et potelé fit scandale et sensation en son temps et ne laisse toujours pas de marbre malgré notre habitude d'images plus suggestives et de canons plus éthérés. Alors pourquoi donc ?
Ce tableau attire l'oeil par bien des manières: la cambrure, la jeunesse du sujet, la fraîcheur du traitement, le désordre savamment ordonné du lit qui raconte le hors-champs de l'histoire. Et surtout toute la composition mise en place pour faire converger le regard vers le centre du tableau dont l'objet est... le sexe de la demoiselle. Car le placement des bras, des jambes, en plus d'accentuer cette pose offerte aux regards, dessinent des obliques qui ramènent l'oeil au "coeur" du sujet. Et si l'on remarque que cette jeune fille n'est ni une nymphe, ni une déesse, ni une bacchante, bref qu'il n'y n'a aucune justification culturelle à la montrer si indécemment dévêtue, on comprend mieux la provocation, pour l'époque, de ce tableau.

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27 septembre 2006

Un amour de jeunesse

Corto
(Corto Maltese "Les Ethiopiques" d'Hugo Pratt)

A l'âge où les chanteurs-rockeurs-acteurs ornent les intérieurs de jeune fille, je m'enthousiasmais pour l'impassibilité du marin maltais. Et c'est beaucoup plus tard que je comprenais toute la richesse évocatrice du style d'Hugo Pratt, dont la subtilité graphique égale la finesse du contenu. Car chaque dessin reprèsente le sommum de l'expression: dire beaucoup avec peu de choses.
Corto Maltese incarne un type de héros désabusé qui se méfie des grands actes héroïques, leur préfèrant les causes indépendantistes, voire perdues. Il se contente de regarder le monde et c'est le monde qui vient à lui comme pour tromper sa nostalgie. Il personnifie le rêve de la quête sans fin, avec l'idée de la mort jamais très loin. Une âme de gitan, toujours en partance, doublée d'un esprit celte rêvant de brûmes, de fées et de poésie. Car en plus d'être l'incarnation idéalisée de son auteur, Corto est à l'image d'un autre aventurier à la figure grandiose, inspiré mais partagé dans ses idéaux: Rimbaud.

Posté par lydiel à 12:10 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 septembre 2006

Rêve en demi-teinte

Mariage
(mariés dans le parc de la Courneuve, sept 2006)

Que vous évoque cette image ? Le jour tant rêvé du mariage ? Un conte de fée ? L'expression de l'amour heureux, s'avançant avec confiance dans la même direction vers un avenir radieux ?
Dans la réalité, ces mariés venaient de passer une heure avec un photographe qui les avait shootés à contre-jour, perdus au milieu d'une immense pelouse. Ils étaient fatigués, l'air un peu ailleurs. Les témoins s'étaient éclipsés depuis longtemps, les laissant seuls regagner le parking. La mariée peinait, dans ses souliers fragiles, à traverser le parc, et la traîne de sa robe, dont plus personne n'était là pour prendre soin, se déchirait sur les graviers du chemin.
Il n'en reste pas moins que c'était une belle journée et que leur silhouette s'éloignant lentement dans cette lumineuse solitude a été un moment fort insolite.

Posté par lydiel à 10:52 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 septembre 2006

Vous êtes trop forts....

Orage
(orage sur les marais de Carentan, août 2006)

Bon allez, je fais une entorse à mes résolutions (déjà!) pour vous répondre ici à propos des commentaires laissés sans réponse de ma part.
J'admets que mon intro était un peu séche et que pour les affectifs qui aiment, dans les blogs, l'échange informel des petits mots en plus, c'était un peu amer. Donc je précise pour les nouveaux venus, car les fidèles le savent maintenant: je vous répondrais, zozo que vous êtes ! Mais tranquillement, à côté, en toute liberté. Car la raison de ma distance soudaine était là: je veux me laisser le temps et le choix de la réponse. Le message obligé qui vient remercier, animer ou clôturer la liste des commentaires m'apparait comme une obligation sans rapport avec les sujets traités et donc contraignante et hypocrite (à mes yeux et ici seulement!).
Ceci dit, je vous laisse réfléchir sur le lièvre que vous avez soulevé: écrit-on un blog uniquement dans l'espoir d'un échange considérable et valorisant et pense-t-on les notes en fonction des réactions qu'elles peuvent susciter ? ... mais là, je ne vous donne pas ma réponse. Na !

Posté par lydiel à 19:21 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2006

Beau comme Saint-Sébastien

Selon l'histoire, issu de parents chrétiens de la noblesse milanaise, Sébastien se serait engagé dans l'armée de l'empereur Dioclétien pour avoir la possibilité de défendre sa religion. Nommé capitaine de la garde Prétorienne, il est chargé de la répression des chrétiens, mais il s'oppose aux ordres et refuse d'abjurer sa foi. Condamné par l'empereur, les archers auraient, au moment de l'exécution, volontairement épargné les zones vitales. Laissé pour mort, il est sauvé par Irène, veuve du martyr Catule.
Guéri, Sébastien se rend devant l'empereur pour lui reprocher son incroyance. Celui-ci le fait bastonner et ordonne que l'on jette son corps dans les égouts afin que les chrétiens ne puissent le ressusciter. Une chrétienne, Lucine, retrouvera sa dépouille qui sera enterrée dans les catacombes, non loin du tombeau de saint Pierre. Une église sera construite à cet emplacement.

La représentation de ce saint traverse toute l'histoire de l'art. Mais son corps cruellement transpercé a fini par évoquer bien autre chose que le martyr chrétien. De douloureux et allégorique (ex Mantegna) Saint Sébastien est devenu une icône homosexuelle (ex Pierre et Gilles). Alors, qu'est-ce qui a fait glissé cette représentation religieuse vers l'érotisme ?
(peinture de Mantegna) (peinture du Péruguin)
Mantegna Le_Pe_rugin P_G
(photo de Pierre et Gilles)
Les peintres du Moyen-Age aurait cherché leur inspiration, pour la représentation du saint, du côté des canons esthétiques grecs, notamment auprès d'Apollon. Le dieu grec aurait ainsi apporté la jeunesse et la beauté au personnage. Si l'on considère la douleur proche de la volupté et le sacrifice comme don de soi, le glissement progressif vers l'érotisation du sujet se fait peu à peu. En effet, au fil du temps le capitaine, certainement aguerri et en pleine maturité, se transforme en charmant éphèbe, plus voluptueux que viril et pâmé plutôt que torturé. Ses poses deviennent languissantes et les attributs de sa sainteté (auréole, yeux levés au ciel, douleur contenue) sont peu à peu oubliés, ainsi que la nuée de flèches de son supplice transformée en deux traits savamment répartis, évitant ainsi le scandale d'une nudité injustifiée. Car cet élèment reste constant: pour montrer la chair saignante et martyrisée, le saint doit s'offrir aux regards dans sa nudité.

Le corps dominait le thème, la chair l'a donc emporté sur l'esprit, occultant l'aspect religieux. Si l'on ajoute à tout cela que la virtuosité de l'artiste, tendant toujours vers plus de réalisme, perturbe la perception religieuse de l'image, le sujet ne pouvait que devenir prétexte à une représentation sensuelle du nu masculin.
Un détail encore vient érotiser le martyr. Saint-Sébastien aurait été le premier et plus répandu mannequin pour slip. C'est trivial ? Il sufit de regarder l'exemple, entre autre, de Francesca ou de Messina pour constater la modernité d'un vêtement qui n'avait pourtant pas cours à l'époque.
... tout cela pour s'interroger sur les motivations plus ou moins conscientes des artistes qui expriment plus du bout de leurs pinceaux que tout ce qu'on pourrait en dire.
(peinture de Francesca) (peinture de Messina)
XVfrancesca XVmessina


Posté par lydiel à 10:23 - Que dit la peinture... - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 septembre 2006

Intro

Siouville
( plage de Siouville, Manche, 11/09/06)

Autre temps, autre blog. J'opère, comme beaucoup au bout d'un certain temps de pratique, un changement que je souhaite sans lien avec le précédent blog.
"Impromptus légers" sera axé sur des réflexions plus générales, picturales et littéraires. Autre modification: je ne répondrais plus aux commentaires car je considère que ce n'est pas un "lieu" de conversation, du moins dans l'espace qui est le mien. Mais cela n'occulte pas vos avis, critiques et remarques qui viennent compléter ou éclairer les sujets abordés. Votre participation sera constructive, la mienne ne sera que dans le texte et la photo proposés.
Et à tous les amis blogueurs de la session précédente, merci encore d'avoir été si patients et si nombreux à venir me titiller pour cette suite qui paraitra peut-être plus impersonnelle à certain, mais que je souhaite pour ma part plus construite et éclairée.

Posté par lydiel à 20:20 - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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